Un passager amoureux
J'ai grandi avec un pays que je ne connaissais qu'en pointillé — par bribes de récits, de photographies et de nostalgie familiale. Pour le connaître vraiment, j'ai dû traverser les clichés qui peuplaient mon regard d'enfant, ces mêmes idées reçues qui décorent souvent les imaginaires quand on tente de cerner la Perse d'antan.
Cette rencontre tardive était somptueuse, captivante. Elle avait tout pour rassasier la faim de celui qui avait grandi déraciné. Mais l'émerveillement est le plaisir du passager, et je ne voulais plus me contenter de passer : je voulais prendre racine. C'est là que j'ai découvert le manque : le besoin d'un lien qui tienne. Et c'est ce manque, précisément, qui m'a conduit à Majnoon.
Majnoon est le surnom d'un amant légendaire devenu « le fou », celui que les Djinns ont touché. Fou d'amour, fou de Leili. Sa passion, douloureuse et sans mesure, le condamne à l'errance : il gagne le désert, où sa flamme solitaire devient sa seule demeure.
C'est dans ce même désert, au centre de l'Iran, dans un village nommé Senejan, que j'ai rencontré pour la première fois les artisanes, et leur geste.
J'ai su, à cet instant, que j'avais trouvé ce que je cherchais — non pas un objet, mais une façon de m'enraciner. Une chaussure pour marcher, faite pour le voyageur ; une chaussure de Majnoon, de passager amoureux.
Danial MazinaniFondateur de MAJNOON



































